Revitaliser la démocratie, un objectif réel et urgent
Par Benoît Pelletier ministre responsable des Affaires intergouvernementales canadiennes et ministre responsable des Affaires intergouvernementales canadiennes de 2003 à 2008
Le cynisme que manifeste la population à l’égard de la classe politique ne date pas d’hier mais on a l’impression — à tort ou à raison — qu’il a maintenant atteint une ampleur inégalée. Cela est probablement dû au fait qu’il s’accompagne depuis quelque temps d’un certain scepticisme de la part des citoyens quant aux chances réelles de transformer la société québécoise et d’un essoufflement face aux grandes luttes nationales. En tant que libéraux, nous avons le devoir de prendre tous les moyens pour renverser cette tendance à la morosité, au défaitisme et au fatalisme, et pour la remplacer par une nouvelle synergie positive, stimulante et prometteuse.
J’ai parlé ci-dessus de l’importance de redonner de la vigueur à notre démocratie. Cela doit être fait, selon moi, en s’inscrivant dans une démarche reposant à tout le moins sur les quelques postulats suivants :
1- Mettre les citoyens dans le coup
Sur ce point, j’aimerais souligner l’importance pour le PLQ non seulement d’initier un débat de société sur la question du renouvellement de notre démocratie, mais aussi d’y prendre part activement en avançant ses propres propositions. La réflexion sur la revitalisation de la démocratie nous fournit une occasion en or d’accroître le dialogue entre notre parti et la population.
En matière de démocratie, aucun projet d’envergure ne peut réussir s’il ne met le citoyen au centre de la démarche et s’il ne repose sur une large consultation de la population. La confiance de cette dernière envers les gouvernements, les institutions démocratiques et les partis est absolument essentielle au bon fonctionnement de notre système politique. On doit, par tous les moyens, encourager la participation des citoyens à la vie démocratique et au renouvellement des idées.
2- Rééquilibrer les pouvoirs entre la branche législative et la branche exécutive
Aucune réflexion digne de ce nom sur l’état de la démocratie ne saurait faire l’économie d’une recherche de rééquilibrage entre les pouvoirs du parlement d’une part, et ceux du premier ministre et de son gouvernement de l’autre.
3- Réfléchir à la pertinence de réformer le mode de scrutin
Le choix d’un mode de scrutin plutôt qu’un autre est tributaire des valeurs qu’une société, qu’elle quelle soit, veut mettre de l’avant, de son histoire, de ses traditions et de sa culture politique.
J’ai été à même de constater, pendant les quelques années où j’ai été ministre de la Réforme des institutions démocratiques, qu’un grand nombre de Québécois sont profondément attachés au mode de scrutin actuel, en dépit de ses imperfections. Ceux qui préconisent un changement du mode de scrutin ne s’entendent pas entre eux sur le modèle qu’il y aurait lieu de privilégier. J’ai même vu des personnes qui se disaient au départ favorables au changement du mode de scrutin mais qui changeaient d’idée une fois informées des conséquences découlant inévitablement d’un tel changement. Au surplus, dans maintes régions du Québec, l’idée d’adopter un mode de scrutin de type proportionnel mixte est mal reçue, et ce, même lorsqu’on prévoit une compensation régionale plutôt que nationale. En effet, dans ces régions, les citoyens craignent que l’adoption d’un tel mode de scrutin n’entraîne un trop important élargissement de la superficie des circonscriptions électorales et ne dilue de ce fait leur lien avec leur député, voire n’affaiblisse leur poids politique.
Quoi qu’il en soit, je propose qu’on fasse l’essai d’un nouveau mode de scrutin à l’occasion d’une élection partielle ou d’élections municipales ou scolaires.
4- Consolider, voire renforcer l’indépendance et les pouvoirs du Directeur général des élections du Québec
Le DGEQ est, comme on le sait, une institution indépendante et impartiale, relevant de l’Assemblée nationale du Québec. Il possède des pouvoirs de vérification, d’enquête et de poursuite. Certaines personnes au Québec se posent la question de savoir s’il n’y aurait pas lieu d’accroître ses pouvoirs, à tout le moins d’en rendre l’exercice encore plus efficace. Les jeunes libéraux devraient s’interroger à ce sujet.
5- Miser sur l’éducation politique et démocratique
Il me semble important, si on veut intéresser davantage les citoyens à la chose publique et à la démocratie, de bien les informer et de parfaire leur éducation politique et démocratique. Cela passe non seulement par de larges débats de société, mais aussi par l’usage des divers moyens de communication disponibles en vue de rejoindre la population, voire par la mise en place par le gouvernement de programmes d’éducation populaire. L’éducation constitue sans contredit une façon de freiner l’érosion de la confiance des citoyens envers les politiciens, les partis et les institutions publiques. On aurait tort d’en sous-estimer l’importance.
6- Se doter d’un vaste projet de société
Pour remobiliser les citoyens québécois autour d’enjeux exaltants, il faut, selon moi, leur offrir un nouveau projet de société à la fois innovateur et rassembleur. Ce projet devrait dépasser la seule question du renouvellement de la démocratie pour embrasser bien d’autres questions, qu’elles soient de nature politique, économique, sociale ou autre. Je n’ai pas l’intention d’élaborer davantage sur ce projet de société dans le présent texte, puisque tel n’est pas l’objet de mon propos. Je tiens néanmoins à rappeler que la revitalisation de la démocratie au Québec devrait normalement s’accompagner d’une redéfinition de notre projet de société. De fait, une telle initiative globale offrirait le maximum de chances de remotiver les Québécois, de redonner un sens à leur action collective et de leur redonner l’espoir de pouvoir vraiment transformer la société à laquelle ils appartiennent.
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Je laisse donc les quelques idées glanées ci-dessus à la réflexion des jeunes libéraux. Dans tout ce débat que vous, jeunes libéraux, avez eu le courage de lancer, rappelez-vous que vous appartenez à une formation politique qui n’a rien à envier aux autres en ce qui concerne la démocratie. Nous tous, libéraux, comptons déjà à notre actif plusieurs grandes réalisations en la matière. Nous avons toutes les raisons d’en être fier et, surtout, nous devons poursuivre dans cette voie.
